A l’affiche : un documentaire sur Le Havre après la guerre mais avant Perret

Le bonheur malgré tout

Matthieu Simon, réalisateur Matthieu Simon, 36ans, réalisateur havrais, finalise le montage de son documentaire surles habitations provisoires d’après-guerre auHavre.

Matthieu Simon, réalisateur, est passé à la phase de montage de son film sur les «Maisons de carton»

Comment avez-vous abordé cesujet et effectué vos recherches?

«Je me suis entouré d’historiens et d’ethnologues spécialistes du sujet. Elisabeth Chauvin, architecte de Ville d’Art et d’Histoire et membre, comme moi, de la cellule Unesco auHavre, est ma partenaire privilégiée. En 2009, nous avions travaillé pour le CNRS sur le thème de la reconstruction. Cette fois, nous avons étudié le logement entre la fin des bombardements et le début des années60. C’est un travail sur la mémoire qui nourrit ce qu’on appelle le patrimoine immatériel commun… un legs aux générations futures de la voix des personnes qui ont vécu cette expérience. Si la mémoire n’est pas l’Histoire, elle a néanmoins autant de valeur. Ce film est le premier consacré à ce sujet et répond à une demande forte émanant des historiens et des Havrais eux-mêmes. J’ai eu à disposition des archives écrites collectées en 1994, quelques archives INA et Gaumont qui ont pris place dans la narration, ainsi que des films amateurs conservés au Pôle Image».

Quel regard avez-vous maintenant sur les camps provisoires?

«Ces camps ont l’image d’une certaine précarité alors qu’ils constituaient, à l’origine, une solution très privilégiée par rapport au squat de ruines. Leur accès était d’ailleurs réservé aux personnes qui œuvraient directement à la reconstruction. Et il existait trois types de camps: les camps cigarettes, c’est-à-dire l’occupation d’anciens camps militaires comme à Montgeon, des préfabriqués livrés dans le cadre du plan Marshall, et, en centre-ville, des camps «en dur» bâtis avec les briques des ruines. Ces recherches m’ont aussi permis de mesurer l’ampleur du phénomène. Montgeon hébergeait 3000personnes en continu.»

L’appel à témoins vous a-t-il permis de collecter de nouvelles archives?

«Oui, et c’est une chance. Nous avons rencontré une personne qui possédait des films au format 9,5mm, tournés à l’époque par son père, gendarme. Nous avions beaucoup de photographies à disposition, mais les quelques documents audiovisuels issus des actualités Gaumont reprenaient les mêmes prises. En 1945, elles illustrent le confort des solutions d’hébergement provisoire auHavre, en 1964 elles dénoncent l’indignité des derniers baraquements occupés…»

Que fait ressortir votre film?

«Il relate le quotidien dans les camps et révèle ce que l’ensemble des témoins nous a livré sur cette période: la beauté et le bonheur malgré la détresse dans laquelle la guerre les avait laissés. La période précise 1945-1948 concentre ces sentiments de renaissance et d’embellie. Les habitants des camps constituaient une microsociété solidaire et unie. J’ai été frappé par l’exacerbation du sentiment d’appartenance à tel ou tel camp, le distinguo, par exemple, entre les camps François-Ier nord et sud. Aujourd’hui encore, ils restent en relation au travers de la Fédération des sinistrés de France».

Quand pourra-t-on voir votre film?

«A partir du 23 juin, il sera diffusé sur la borne muséale de la Maison du patrimoine et des projections spéciales serontorganisées au Studio, auxquelles seront conviés tous les participants. «Nos maisons de carton», c’est son titre provisoire, sera également édité en DVD et commercialisé à un prix modeste. A l’heure actuelle, son format n’est pas encore défini, de 30 à 52minutes. J’ai pris leparti de réaliser un montage dynamique, susceptible d’accrocher quiconque n’aurait pas pour ce sujet l’intérêt qu’il peut susciter chez les Havrais».

De la fin de la guerre au tout Perret, 15 ans à raconter – A partir du 23 juin

propos recueillis par Claire Boucher – paris-normandie.fr – 21/04/12

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~ par artotec sur avril 23, 2012.

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