Perret et Le Havre : querelles d’architectes

Retour à une vision des années 80 ?

Les déclarations de ces deux architectes lors de la conférence « Comment les architectes repensent la ville », proposée dans le cadre des Journées du Havre du Nouvel Observateur ont suscité l’agacement de Vincent Duteurtre, qui se fait le porte-parole des réactions de nombreux Havrais dans une lettre adressée au maire du Havre et au journal Paris Normandie.

Nous avions l’habitude dans les années 80 et 90 d’entendre sarcasmes et moqueries à l’égard de notre architecture d’après-guerre, faite de béton gris, triste, dans un style néoclassique pratiquement stalinien… Les années 2000 nous avaient habitués à plus d’objectivité sur la reconstruction du Havre et il est clair que son inscription au Patrimoine mondial a constitué un tournant dans l’appropriation de la ville par ses habitants. Hissée au même plan que des villes comme Brasilia ou Tel Aviv, Le Havre est devenu un exemple d’architecture moderne visité mondialement.

Se retrouver en 2013, dans un colloque international, organisé par un grand hebdomadaire français, avec une sélection d’intervenants triés sur le volet, et entendre les mêmes poncifs qu’en 1980 est pour le moins surprenant ! Vous nous avez décrit l’oeuvre havraise d’Auguste Perret comme le contre-exemple d’une ville réussie : faite par la volonté d’un seul homme, impossible à régénérer (surtout depuis cette scandaleuse inscription), aux espaces publics surdimensionnés, où le Maitre ne tolérait aucune plantation…

Soutenu par de nombreux havrais, je me dois de réagir à vos propos ! Moins pour la provocation qu’ils constituent – nous sommes habitués et ouverts à la critique – que pour la quantité d’erreurs qui ont pu être dites à propos du Havre reconstruit ; d’autant plus choquantes d’ailleurs qu’elles viennent de la part d’architectes largement reconnus et impliqués dans le formidable projet du Grand Paris et pour Antoine GRUMBACH dans le projet Axe Seine qui doit faire du Havre le port de Paris.

La reconstruction du Havre est une oeuvre collective

Non, Auguste PERRET n’a pas décidé seul du projet pour le Havre. C’est par l’intermédiaire d’un concours interne à son atelier qu’une vingtaine d’architectes imaginent autour de lui ce que sera le nouveau Havre – réduit en cendres par les bombardement rappelons-le. Le projet final est fait de compromis, entre l’ambition de PERRET « de faire quelque chose de neuf et de durable […] pour faire face à l’avenir de grande ville et de grand port que le Havre a devant lui » et la volonté légitime d’une population traumatisée de s’accrocher aux fantômes de la ville disparue. Sa mise en oeuvre est orchestrée par Jacques TOURNANT qui effectuera un travail d’avant-garde pour l’époque d’explication et de concertation auprès de la population.

L’inscription au patrimoine mondial ne fige pas la ville

Non, une inscription sur la Liste du patrimoine mondial ne constitue pas une protection réglementaire supplémentaire. Il s’agit de reconnaitre la valeur culturelle, historique ou scientifique d’un bien comme patrimoine commun de l’humanité. C’est le statut de laboratoire architectural du Havre qui a été reconnu par l’UNESCO ; celui initié par PERRET et la centaine d’architectes qui ont contribué à la reconstruction du Havre et prolongé ensuite par Guy LAGNEAU, Guillaume GILLET, Georges CANDILIS et Oscar NIEYEMER…

Non, Auguste Perret ne nous a pas laissé une ville figée mais une ville à compléter. Sa structure urbaine en îlot indépendants autant que son système constructif poteaux/poutres assurent à la ville une véritable capacité de régénération.

Le Havre n’est pas une architecture de tours et de barres

Non, la structure urbaine du Havre reconstruit n’a rien à voir avec le système de tours et de barres posées sur de vastes espaces publics déstructurés que proposaient les modernes. Les rues du Havre sont bien différenciées des îlots privés par des constructions édifiées à l’alignement des voies, ménageant un principe de cour intérieure lumineuse et plantée.

Le Havre n’est pas une ville minérale

Non, Auguste PERRET n’était pas un ayatollah du minéral. Les plans qu’il conçoit en 1945 sont structurés par un maillage de plantations denses sur les axes principaux. Les toitures terrasses, qu’il voulait accessibles, devaient également être des jardins suspendus.

Alors certes, Auguste PERRET n’a pas tout réussi au Havre et chacun est libre d’aimer ou de rejeter ce qu’il nous a légué. Mais de grâce, épargnez nous vos jugements subjectifs d’un autre temps !

Vincent DUTEURTRE

Architecte

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~ par artotec sur février 16, 2013.

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